René Barrière et ses descendants québécois

(Un dossier sur la famille Barrière )
Par ROLAND BARRIÈRE

 

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L'ancêtre René Barrière 1700-1783

René Barrière, l'ancêtre de tous les Barrière du Canada, est le fils de Joseph Barrière, maître-cordonnier de Longué, village de l'ancienne province française, l'Anjou et de Catherine Béranger. Il aurait émigré au Canada, vers 1728, à l'âge de 28 ans, laissant ses parents, ses frères et ses sœurs, Étienne, François, Margate, Catherine, Marie et Anne, se pliant aux ennuis et aux souffrances de l'océan, pour aller à l'aventure au pays des «sauvages».

René, comme ceux qui s'embarquaient, savait sans doute qu'il allait «à péril de mort» qui pouvait survenir sous bien des formes, malheureusement trop réelles: naufrages, noyades, attaques des pirates, scorbut, typhus, fièvres, etc.

C'est au registre des mariages de l'année 1728, conservé au presbytère de St-Joseph de Chambly, que l'on découvre le nom de René Barrière, à l'occasion de son premier mariage avec Françoise Gareau, où il déclare être de la paroisse de Longué, de l'évêché d'Angers.

Mes recherches, sur la date et les circonstances de son arrivée, n'ont donné aucun résultat. Je sais qu'en juin 1723 son nom n'apparaît pas à l'acte d'aveu et dénombrement du fief de Chambly, espèce de recensement préparé par le vassal, une fois dans sa vie, pour son Seigneur dominant. Aux archives du Québec, on ne possède rien sur son sujet.

La Seigneurie de Chambly remonte au 29 octobre 1672 par acte de concession de Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, au sieur de Chambly, capitaine au régiment de Carignan et. commandant les troupes en Canada. Selon l'acte d'aveu précité, elle consiste «de la quantité de six lieues de terre de front sur une lieue de profondeur, à prendre sur la rivière St-Louis (Richelieu) savoir: trois lieues au nord de la dite rivière (deux lieues en deçà du fort qui y est basty et une lieue au delà) et trois lieues au sud de la dite rivière. » Le 25 août 1728, le père Michel Levasseur, Récollet, curé de la paroisse de St-Louis de Fort Chambly, ainsi appelée à l'époque, bénit le mariage de René Barrière dit Lajoie avec Françoise Gareau, âgée de 15 ans, fille de Jean-Baptiste Gareau et de Thérèse Lebeau, «après la publication de trois bans de mariage aux messes de la paroisse et ne s'étant trouvé aucun empêchement, en présence du Sieur Estienne de Bragelogne escuier commandant et du Sieur Contrecreur escuier officier du fort».

René Barrière «dit Lajoie», surnom dont on n'entendra plus jamais parler par la suite, prendra plutôt le surnom de Langevin qui lui aurait été attribué sans doute, du nom de sa province natale, l'Anjou, et que plusieurs descendants ont choisi d'ailleurs, comme nom de famille.

Plusieurs Gareau ont émigré au Canada. J'en ai compté sept, et provenant de régions différentes, dont les deux frères Jean et Pierre «dit St-Onge », les fils de Dominique Gareau et de Marie Pinard -Pinault de Larochelle. Jean, l'ancêtre de Françoise, était son grand-père. Il avait épousé à Boucherville, le 2 novembre 1670, Anne Tailbot de St-Maclou de Rouen. Françoise était donc née au Canada.

Du côté maternel de Françoise, Lebeau ou encore Bau, «dit Lalouette», un seul a émigré au Canada du nom de Jean, fils de Mathieu Bau et de Louise Garotte de St-Jean de Monts, diocèse de Luçon au Poitou. Il épouse Étiennette Loré, selon son contrat de mariage, devant le notaire Adhémar daté du 17 juillet 1678, et se trouve être l'arrière grand-père de Françoise.

René Barrière était-il un soldat à son arrivée? A son premier mariage on vient de le voir, ses témoins sont des officiers du Fort Chambly. Au baptême de son deuxième fils, Jean-Baptiste, le parrain sera Jean-Baptiste Courand, soldat.

Non, René Barrière était cordonnier comme son père. A preuve le contrat qui suit, conservé aux Archives Nationales du Québec, à Montréal, daté du 11 mars 1739, où il reconnaît devoir au maître tanneur Pierre Robereau, 176 livres, pour achat de cuir de tannerie. Il aurait pratiqué son métier toute sa vie. Comme tous les habitants du temps, il a bien une terre à exploiter pour vivre. On verra plus loin la donation de sa terre à son fils Joseph, et j'en parle dans ce dossier comme de la terre ancestrale.

11 mars 1739 -Obligation par René Barrière dit Langevin à Sieur Pierre Robereau maître tanneur .

« Par devant les notaires royaux de la juridiction royale de Montréal y résidant soussigné fut présent René Barrière dit Langevin, cordonnier de son métier demeurant à Chambly, lequel a reconnu et confessé devoir bien loyalement et justement à Sieur Pierre Robereau, maître-tanneur pres cette ville à ce présent et acceptant la somme de cent soixante et seize livres, valeur reçue du dit Sieur en cuir de tannerie assorty pour faire valoir son dit métier de cordonnier et enfin pour solde de tout compte du passé jusqu'à ce jour cy comme il se doit. Laquelle dite somme de cent soixante et seize livres le dit débiteur promet et s'oblige bailler et payer au dit créditeur ou au porteur scavoir quatre vingt huit livres dans tous les cours du mois de février de l'année prochaine mil sept cent quarante et pareille somme au même mois de l'année mil sept quarante un en monaye ayant cours lors à peine de tous dépense, dommages et întérêts sous l'obligation et hipothèques de tous ses biens meubles et immeubles présents et à venir et pour l'exécution des présentes le dit débiteur a élu son domicile en cette ville~ la maison de la dame veuve Laroc, seize rue St-Paul auquel lieux promettant obligeant renonçant. Fait et passé à Montréal l'étude de Lepailleur l'un des dit notaires soussigné l'an mil sept cent trente neuf le onzième mars, avant midy et ont les dit tes parties déclaré ne savoir écrire ny signer de ce enquis.
Lecture faite approuvée. »

René se fixe dans la région de Chambly, plus précisément à St-Mathias, où il vivra jusqu'à sa mort. Habitant donc la Seigneurie de Chambly jusqu'à son décès, il paiera les cens et rentes au Seigneur de qui il relève.

De son mariage avec Françoise Gareau, il a onze enfants dont deux mourront en bas âge, et un autre en même temps que sa mère. Reste cinq garçons et cinq filles; en voici la liste:

·        René: L'aîné, baptisé René Laurent, le 9 août 1729, un peu moins d'un an après le mariage de ses parents: son parrain, Jean Gareau, son grand-père et sa marraine Thérèse Lalouette, sa grand-mère. Il est à l'origine des Barrière de la région de Lacolle.

·        Jean-Baptiste: Baptisé le 11 novembre 1730. Son parrain, Jean-Baptiste Courand, soldat, sa marraine Marguerite Boyleau. Je n'en ai trouvé aucune trace par la suite.

·        Joseph: Inhumé à l'âge d'un an, le 24 avril 1733.

·        Françoise: Baptisée le 2 mars 1734. Son parrain, Louis Létourneau, sa marraine Charlotte Lagueu. Décède à l'âge de 23 ans, célibataire.

·        Amable: Né le «saise» de juillet 1735. Son parrain, Baptiste Bessette, sa marraine Marie Anne Gareau. Inhumé le 16 juin 1736.

·        Marie: Née le II avril 1737. Son parrain Jean Baptiste Fore, sa marraine Marie-Anne Gareau. Épouse en 1761, Nicolas Mathieu.

·        Antoine: Né en 1738, est à l'origine des Barrière de St-Grégoire et de St-~thanase d'Iberville.

·        Thérèse: Née le 2 juillet 1741. Son parrain Jean-Baptiste Gareau.

·        Sa marraine Louise Barré. Épouse en 1757 Pierre Guigue dit Jolibois, qui venait de France.

·        Marie-Anne: Née le jour de Pâques, le 14 avril 1743. Son parrain Joseph Gareau, sa marraine Marie Renaudet. Épouse Joseph Bessette.

·        Madeleine: Aucune trace de sa naissance. Épouse Jean-Baptiste Coiteux en première noces et Marien Malafon en deuxième noces à Verchères le 30 septembre 1761.

Après 17 ans de vie conjugale, René devient veuf à l'âge de 45 ans. Françoise Gareau meurt en couches à l'âge de 32 ans. « Son enfant ayant été ondoyé, elle a reçu le sacrement d'Extrême-Onction, ayant perdu la parole dans son grand mal. Son corps et son enfant ont été inhumés dans le cimetière de la paroisse de l'Immaculée de la Sainte-Vierge à la Pointe Olivier le 29 may 1745 ». C'est le premier nom de la paroisse de St-Mathias.

René, comme tous les gens de l'époque, ne demeurera pas veuf longtemps. Il reste avec huit enfants, trois garçons et cinq filles, l'aîné n'a pas encore ses seize ans. Il lui faut une compagne et une mère pour ses enfants. Quinze mois après la mort de Françoise Gareau, il épouse Agathe Laporte, âgée de 20 ans, dans la même paroisse, fille de Paul Laporte et de Catherine Savarie, .le 13 août 1746. René a 46 ans.

Paul Laporte lui, apparaît à l'acte d'aveu et dénombrement du fief de Chambly de juin 1723. Les Laporte sont arrivés beaucoup plus tôt. L'ancêtre, Jacques Laporte vient de Nocé, près de Belesme, au Perche et a épousé à Montréal, le 3 septembre 1657, Nicole Duchesne, soit soixante et onze ans avant le premier mariage de René. Il était le «grand-père du père» d'Agathe.

À l'instar des Gareau, plusieurs Laporte ont émigré au Canada. J'en ai découvert neuf et provenant de régions différentes. Du côté des Savarie, seulement deux ont émigré au Canada et les deux sont de régions différentes. La mère d'Agathe venait de Limousin, de Cognac le froid, diocèse de Limoges.

Trois jours après la cérémonie religieuse de leur mariage, soit le 16 août 1746, devant le notaire Hodiesne, notaire Royal, en la Seigneurie de Chambly, René et Agathe passent un contrat de mariage, sous le régime de la communauté «en tous biens, meubles et conquêts immeubles suivant et au désire de la coutume de Paris suivie et régie en ce pays», et «les enfants du dit futur époux et de la dite défunte, sa première femme, seront élevés, nourris et entretenus et instruits en la religion catholique apostolique romaine par les soins de la future épouse au dépens de la dite communauté jusqu'à la majorité». Le contrat est passé au presbytère en présence du révérend père Levasseur et les «futurs époux» ont déclaré ne savoir écrire, ni signer.

René aura avec Agathe Laporte dix enfants, trois garçons et sept filles. Deux garçons survivront: Joseph et Louis.

·        Charlotte: Née le 22 septembre 1747, épouse Joseph Larocque en 1766.

·        Michel: Né le 23 juin 1749, inhumé le 21 août 1774.

·        Joseph: Né en 1751.

·        Geneviève: Née en 1753, meurt à ses 35 ans, célibataire.

·        Françoise: Baptisée le 20 août 1755, inhumée en 1757.

·        Josephte: Baptisée le 21 mars 1757, épouse François Southière en 1779.

·        Marie-Anne: Baptisée le 20 mars 1759, meurt à 24 ans, célibataire.

·        Thérèse: Née en 1762, épouse Louis Chauvin de Varennes.

·        Catherine: Épouse Pierre Benoît.

·        Louis: Baptisé le 10 juin 1768.

Il est intéressant de signaler l'âge de René, à la naissance de Louis.

Il a 68 ans. René a donc eu vingt et un enfants: onze de la première femme et dix de la deuxième femme.

René vieillit et son pays d'adoption est passé aux mains des Anglais. Il a amassé un peu de biens, il est rendu à 83 ans. Huit mois avant sa mort, soit le 6 février 1783, René et Agathe, sa femme, réunissent leurs enfants majeurs, qui sont encore auprès d'eux, en présence du notaire Grisé, en leur maison, sise en la paroisse de St-Olivier: Antoine, Charlotte, Josephte, Marie-Anne et Joseph.

« Ils leur auraient représenté que leur grand âge et leur infirmité les mettaient hors d'état de faire valoir leur bien et leur auraient proposé de leur abandonner tous leurs biens meubles et immeubles en faveur de Joseph, leur fils. Les immeubles consistent en une terre de 3 arpents moins 3 perches, treize pieds 6 pouces de front sur 30 arpents de profondeur avec tous les bâtiments: les meubles dont les animaux et outils d'agriculture; les parents se réservant la jouissance des meubles de ménage et hardes leur vie durant. »

Joseph aura des obligations. « Il devra payer les cens et rentes au Seigneur. En outre, il devra payer à l'acquit de ses pères et mères à différentes personnes jusqu'à la somme de quatre cens scheling de vingt, il devra payer également une pension viagère tous les ans leur vie durant, savoir 24 minots de farine, rendu dans leur grenier, trois cens livres de lards, une livre de poivre, un minot de sel, huit pots de rum. Il devra les entretenir comme il convient de hardes et chaussures, leur fournira du tabac à fumer et en poudre, les logera et les chaussera, en cas de maladie, il aura un soin tout particulier d'eux et après leurs décès, il les fera enterrer à ses frais. »

« Il leur fournira tous les printemps, jusqu'au décès du dernier, une vache vêlée pour en avoir le lait à leur profit et la reprendra l'automne pour l’«I'hiverner». «Arrivant le décès de l'un, la rente diminuera de moitié excepté la vache. La pension sera payée tous les trois mois et par quartier dont le premier quartier «échera» et sera payé au premier du mois de mai prochain pour portion de temps et continuera de quartier en quartier. En outre, il devra leur fournir tous les ans deux minots de pois pour la soupe. »

Puis, c'est la fin de l' Ancêtre. René meurt le 4 octobre 1783 et le curé précise: «après avoir reçu les secours de l'Église». Il est inhumé le jour suivant dans le cimetière paroissial de St-Olivier, le cimetière actuel de St-Mathias. Charles Dejadon, Antoine Artois et André Besset sont présents à l'inhumation. René a 83 ans et sa veuve 58 ans.

Le curé de St-Mathias, qui m'aidait dans mes recherches et à qui je montrais l'acte de sépulture de mon ancêtre, s'est rappelé qu'une dame Dejadon de Détroit, États-Unis, à la recherche de ses ancêtres Dejadon, était déjà venue lui rendre visite. Ce nom est aujourd'hui disparu; il n'y a aucune inscription de ce nom à Montréal.

Où sont les enfants de René au moment de son décès? Joseph, qui a reçu la terre, est marié et vit auprès de sa mère mais ne vivra pas longtemps. Il mourra de « mort subite» à l'âge de 32 ans, au début de mai l'année suivante.

Du premier lit, René Laurent, l'aîné, est déjà disparu, il est décédé à l'âge de 39 ans en 1768 et ses deux fils ont quitté St-Olivier; ils sont installés à St-Jean François Régis, aujourd'hui St-Philippe de Laprairie.

De Jean-Baptiste, on n'a aucune trace. Françoise est décédée, non mariée, en 1757 à l'âge de 23 ans. Marie a épousé Nicolas Mathieu en 1761 et Thérèse a épousé Pierre Guigue dit Jolibois, soldat de Drouin en 1757.

C'est tout ce que l'on sait à leur sujet. Marie-Anne a épousé Joseph Bessette et habite dans la paroisse de même qu'Antoine qui a épousé Louise Neveu.

Du deuxième lit, Charlotte a épousé Joseph Larocque en 1766 et vit à St-Olivier. Josephte a épousé François Southière en 1779 et meurt à 30 ans en 1787. Elle a vécu à St-Olivier. Marie-Anne est décédée à l'âge de 24 ans en 1783, un mois avant son père. Geneviève, 30 ans, Thérèse 21 ans et Catherine célibataires de même que Louis, le plus jeune, demeurent avec leur mère. Thérèse épousera plus tard Louis Chauvin et Catherine, Pierre Benoît, lui ayant donné un enfant avant le mariage.

Agathe meurt vingt ans après son mari, à l'âge de 78 ans, «sans avoir reçu les derniers sacrements» et est inhumée à St-Olivier, le 19 avril 1803. Agathe, à l'instar de son mari, donnera ses biens à son fils Louis, avec qui elle demeure.

Il y a donc deux grandes souches du côté féminin: celle de Françoise Gareau et celle d' Agathe Laporte. J'appartiens à celle d'Agathe Laporte.

 

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