René Barrière et ses descendants québécois

(Un dossier sur la famille Barrière )
Par ROLAND BARRIÈRE

 

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Un mariage à la gaumine

Selon l'Institut Drouin, Céleste Loiselle avait pour grand-mère maternelle Thérèse Monast, fille de Louis-Alexandre Monast, soldat au régiment du Royal Roussillon. Louis-Alexandre Monast était au pays avant 1757, c'est-à-dire qu'il fut de toutes les batailles pendant la dernière guerre qui se termina par la cession à l' Angleterre; et Céleste Loiselle devait connaître bien des aventures de guerre que lui avait racontées sans doute, dans sa jeunesse, sa grand-mère Thérèse Monast.

Thérèse Monast par sa grand-mère, Charlotte Desnoyers, était petite-fille de Jacques Ménard «dit Lafontaine», et de Catherine Fortier. Jacques Ménard «dit Lafontaine» et Catherine Fortier sont les premiers ancêtres du célèbre homme d'état canadien, Louis Hippolyte Lafontaine, qui portait le nom de Ménard dans sa jeunesse. C'est à l'université qu'il adopta le nom de Lafontaine, qui n'avait été jusque là que le surnom de la famille Ménard.

J'ai voulu vérifier les données de l'Institut Drouin sur les liens de parenté de Céleste Loiselle et Hippolyte Lafontaine. Avec l'aide de mes dictionnaires, j'ai dressé un tableau qui me permit de me rendre compte de l'exactitude des avancés de Drouin. Sauf que les dates rapprochées des mariages de Thérèse Ménard et Jean Desnoyers, (voir tableau à la page 60) en date du 29 février 1724, à Longueuil, et de Charlotte Desnoyers et Louis Viau, leur fille, à Longueuil également, le 7 janvier 1736, me paraissaient erronées; à tout le moins un peu trop rapprochées.

Après avoir mis au courant l'Institut Drouin de mes inquiétudes, voici les renseignements qu'on m'a fournis: On me dit d'abord que ma lettre soulève un point intéressant.

Après recherches, on m'affirme qu'il est bien exact que Charlotte Desnoyers épousa Louis Viau à Longueuil, le 7 janvier 1736. Les parents de la mariée ont leur acte de mariage enregistré à Longueuil en date du 29 février 1724, et aussi à Boucherville en date du 28 février 1724. Le point central de cette anomalie apparente: ces derniers s'étaient mariés «à la gaumine» plusieurs années auparavant. Le mariage contracté à la gaumine, du nom de Michel Gaumin, intendant sous Louis XIII et Louis XIV, qui se maria de cette façon, consistait en un mariage contracté en présence du curé au cours d'une messe, mais sans que ce dernier le sache et aussi sans sa bénédiction; donc, à l'insu du célébrant. C'était une interprétation fantaisiste sur les possibilités de contracter mariage validement. Car, si les futurs époux assistant à la messe avec leurs témoins et se jurant fidélité étaient sincères, ils ne répondaient pas aux normes de l'Église.

Cela était prohibé, mais lorsque les mariages avaient lieu, il semble qu'on en ratifiait la validité.

Aux registres de Longueuil, en date du 29 (sic) février 1724, se trouve la réhabilitation du mariage de Jean Desnoyers et de Thérèse Ménard, dont j'extrais le principal: « ...je, sousigné, par ordre exprès de Monseigneur l'Évêque de Québec, ay réhabilité le mariage de Jean Desnoyer(s) et de Thérèse Ménard, mariés autrefois à la gomine en présence de feu Mr Francheville leur curé, pendant qu'il célébrait la Ste Messe et leur ay donné la bénédiction nuptiale et reçu leur mutuel consentement par paroles de présent, dans l'église de Boucherville en présence de Mr Simon Saladin Mire (Missionnaire) du dit lieu, de Mr Lemoine, de plus du frère Louis et de la soeur M.-Cécile, soussigné dans le registre de Boucherville».

Le registre de Boucherville, en date du 28 février 1724, offre substantiellement le même acte, mais encore plus explicitement. J'ex- trais encore le principal: « ...je, sousigné, par ordre exprès de Monseigneur l'Évêque de Québec par écrit ay donné la bénédiction nuptiale et ay reçu leur(s) mutuel consentement par paroles de présent de Jean Desnoyers et de Thérèse Ménard Habitans (sic) de Longueuil (sic) lesquels se sont mariés depuis plusieurs années à la gomine pendant que Mr défunt Francheville leur missionnaire celebroit (sic) le St-Sacrifice et ont renouvellé (sic) leurs (sic) consentement dans l'église de Boucherville aud.jour et an en présence de Mr Saladin missionnaire du dit lieu, de Mr René Lemoine, de Louis Paillard Mtre (Maitre) d'école, de Marie- Jeanne Thaumur soeur Ste-Cécile Maitresse d'école du dit lieu, témoins soussignés ».

Les époux Jean Desnoyers et Thérèse Ménard s'étaient bel et bien « mariés à la gaumine» plusieurs années avant 1724, puisqu'ils font baptiser leur premier enfant, Pierre, à Longueuil le 27 août 1710, ainsi qu'il appert aux registres de Longueuil.

Je réalisais encore une fois que l'histoire de nos ancêtres a quelque chose de passionnant.

 

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