René Barrière et ses descendants québécois

(Un dossier sur la famille Barrière )
Par ROLAND BARRIÈRE

 

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Noms marquants

ANTONIO BEAUDRY ASSASSINÉ 
fils d'Azilda Barrière et Antoine Beaudry

Petit-fils de Moïse Barrière et de Céleste Loiselle et arrière petit-fils de Louis Barrière et de Louise Barré, sa mère est de la souche issue de la deuxième femme de René, Agathe Laporte. Antonio est donc cousin germain d'Émile Barrière dont on vient de parler. Sa mère Azilda Barrière, baptisée à St-Mathias le 18 janvier 1849, épouse à St-Mathias, le 27 juillet 1867, Antoine Beaudry fils de Jacques Beaudry et d'Adélaïde Brodeur. Antonio, né en 1878, a deux frères: Antoine, cultivateur à Richelieu et Uldège, homme d'affaires à Montréal.

Selon Émile Barrière qui l'a bien connu, Antonio Beaudry était «en avant de son temps». Il a exploité un commerce d'épicerie «révolutionnaire» où la marchandise n'était plus sur le plancher dans des caisses ou des barils ou encore pêle-mêle, mais bien disposée sur des tablettes et où les clients pouvaient se servir. Cela se passait au début du siècle.

Publiciste et administrateur, il crée et édite des revues commerciales pour les marchands comme « La Chaussure». Au moment de sa mort en août 1926, il est président et directeur-gérant d'un journal hebdomadaire «Le Prix Courant» et éditeur de la «Revue Moderne».

Antonio est mort de façon prématurée, sans doute victime d'un assassin alors qu'il était à son bureau. Le mystère de sa mort ne sera jamais éclairci.

J'extrais ici du « Prix Courant» du vendredi 20 août 1926, l'article qui ne manque pas d'éloges à son endroit.

«Deuil cruel pour le « Prix Courant»

Nos lecteurs auront appris par les quotidiens la mort si tragique- ment prématurée de notre président et directeur-gérant, M. Joseph- Antonio Beaudry. Frappé par les balles d'un assassin, M. Beaudry est mort à son bureau, dans l'exercice même de ses fonctions de publiciste et d'administrateur. Au moment où nous écrivons ces lignes, le mystère de cette mort n'a pas encore été éclairci. Mais nous pouvons espérer qu'il le sera bientôt.

Nous regrettons que l'émotion qui nous étreint en ce moment ne nous permette pas de dire comme il conviendrait le deuil cruel que constitue cette mort, pour le personnel de ce journal. La famille de M.Beaudry perd un chef aimé et respecté, ses amis n'oublieront pas de sitôt ses qualités de coeur et d'esprit, mais pour ses collaborateurs, son départ laisse un vide bien difficile à combler.

On peut dire de lui ce qu'un poète disait d'un grand général: « He dared to lead where anybody dared to follow». Autrement dit, il ne demandait jamais à autrui de faire ce qu'il ne faisait pas lui-même.

Souvent le premier au travaille matin, il arrivait non moins souvent qu'il était le dernier à partir, le soir. Et durant ces longues journées de travail, au milieu des petits tracas et des soucis d'une administration importante, toujours calme et d'une courtoisie parfaite à l'égard des plus petits comme des plus grands. Sous des dehors apparemment froids, M. Beaudry dissimulait un coeur fort sensible et compatissant. Tous ses employés, sans exception, étaient admis à faire valoir leurs demandes lorsqu'ils avaient à en faire. Il les écoutait tous avec une patience inlassable et lorsqu'il ne pouvait y faire droit sur le moment, il ne les laissait pas partir sans un mot d'espoir et de réconfort.

Mais il n'était pas qu'un ami de tous les jours pour ses employés, il était un chef qu'on ne pouvait s'empêcher d'admirer et estimer. D'une énergie inépuisable, d'une intelligence toujours en éveil, il avait étudié et approfondi bien des problèmes concernant le commerce et l'industrie de ce pays. Par l'entremise de ce journal, il faisait bénéficier les hommes d'affaires de sa grande expérience et de ses connaissances étendues.

Il avait une foi inébranlable dans l'avenir économique de ce pays et si la mort ne l'eut pas ravi sitôt aux siens et à sa patrie, nul doute qu'il aurait continué à travailler ardemment au développement du Canada.

M. Beaudry était le «self-made man» par excellence. Fils de M. Antoine Beaudry, de Richelieu, comté de Rouville, il avait fait ses étu- des au collège de Sainte-Marie de Monnoir, à Marieville et au Montreal Business College. Il fit ses débuts dans la vie comme comptable à la Franco-American Chemical Co., en 1899, position .qu'il garda jusqu'en 1903.

C'est alors qu'il s'intéressa à l'organisation de la première association des marchands-détaillants du Canada, dont il devint par la suite secrétaire-général. Ce que M. Beaudry accomplit pour la défense des intérêts les plus chers du commerce de détail en ce pays, est encore présent à la mémoire de tous les intéressés. Il serait trop long de tout énumérer dans les cadres d'un seul article, mais on nous permettra de citer tout particulièrement ses luttes victorieuses contre la plaie des timbres de commerce et les coopératives de commerce, que des syndicats britanniques tentaient d'introduire en ce pays. Ces luttes le mirent en rapport avec les sommités financières, industrielles, commerciales et politiques du pays, parmi lesquelles il se fit de chaudes et fidèles amitiés.

En 1908, M. Beaudry devenait le propriétaire du «Prix Courant» et depuis il n'a cessé de lui consacrer le meilleur de son temps et de lui- même. Les causes qu'il y a défendues sont multiples et importantes, mais il n'a jamais oublié un seul instant les principes d'équité, qui étaient à la base de toute sa conduite.

M. Beaudry s'intéressait tout particulièrement au bien-être et à la prospérité de la métropole du Canada. Aussi, n'est-il pas surprenant de le voir s'offrir, à deux reprises, comme candidat au bureau des commissaires. Il n'y a pas de meilleure preuve à donner de sa grande popularité personnelle que le fait qu'à la première de ces élections, on put croire qu'il avait été élu commissaire de la ville de Montréal pendant quelques heures. Mais, s'il ne put être élu, il continua à travailler dans l'intérêt de sa ville et de son pays, inlassablement et avec le plus grand désintéressement.

Avec le temps, M. Beaudry, outre «Le Prix Courant», avait organisé la Compagnie d'Imprimerie des Marchands, Limitée, qui imprime ce journal, ainsi que « La Chaussure» une autre de ses créations.

Nous avons dit que M. Beaudry s'intéressait à tout et à tous, sans négliger aucune de ses obligations essentielles. Nous en voyons la preuve dans le grand nombre d'institutions qui le comptent au nombre de leurs bienfaiteurs ou simples membres. Citons parmi ces institutions, les différents hôpitaux dont il était gouverneur à vie, les clubs Laval-sur-le- Lac, Saint-Denis (dont il fut le président pendant plusieurs années), Nationale A.A.A. le Club Inter-Allié, de Paris, etc.

Au cours de ses études et recherches, M. Beaudry avait été amené à faire deux voyages à l'étranger au cours desquels il visita la Russie bolchévique, d'où il rapporta des impressions et des opinions, dont il fit profiter ses compatriotes dans des conférences et brochures très intéressantes.

M. Beaudry avait épousé en 1899, Mlle Marie-Louise David, fille de M. Louis David, qui lui survit ainsi que ses vieux parents, M. et Mme Antoine Beaudry, née Barrière, ses frères Antoine et Uldège, ainsi que des neveux et nièces. A tous, nous offrons l'hommage sincère de notre profonde sympathie, en même temps que nous déposons sur la tombe de notre directeur, l'hommage de nos regrets et l'assurance que son souvenir vivra toujours dans la mémoire de ses collaborateurs.»

 

 

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